Thomas LAURENT


Thomas LAURENT est né à Strasbourg en 1994. Étudiant en archéologie à l’Université de Strasbourg, il obtient sa licence en 2015 et poursuit dans cette voie en entamant un master la même année. Épris de médiation culturelle, il aime faire partager son amour de l’Histoire au grand public en musée ou sur les fouilles archéologiques auxquelles il participe.
Dès son plus jeune âge, il manifeste sa passion pour l’écriture. De la science-fiction au thriller moderne, en passant par le polar historique, il se crée un univers marqué par les ambiances sombres et les mystères insolubles.
À 21 ans, il publie son premier roman, Le Signe du Diable, aux éditions Zinedi. On y retrouve ses thèmes de prédilection, parmi lesquels celui de la lutte entre raison et superstition.

Le Signe du Diable 

Polar médiéval



Le Signe du Diable : Résumé
À la mort de son père, Morgane a dû fuir son village pour ne pas finir pendue. Tout ça à cause d’une tache de naissance sur son front, que les esprits ignorants appellent « le signe du diable », signe distinctif des sorcières. Elle se réfugie à Hurlebosque, mais un crime venant d’être commis au manoir, tous les soupçons se portent sur elle et la font condamner pour sorcellerie. La veille de son exécution, un homme masqué la délivre et la conduit au baron Philippe de Hurlebosque, fils du seigneur assassiné. Il lui propose un marché : elle aura la vie sauve, à condition qu’elle use de sa sorcellerie pour le délivrer de la malédiction qui pèse sur sa lignée.
La jeune femme se retrouve dès lors propulsée dans un complot qui la dépasse. Livrée à elle-même, traquée par l’Inquisition, elle mène une enquête où rationalisme et superstition s’affrontent à chaque rebondissement. L'auteur confie :

En alliant le mystère des plus sombres croyances médiévales à la modernité d’un thriller, j’ai voulu emmener le lecteur dans une intrigue qui ne laisse nul répit. Je me suis appuyé sur une solide documentation et la lecture de textes anciens pour évoquer la sorcellerie médiévale de manière réaliste et donner vie aux personnages dans toute leur diversité.
ISBN 978-2-84859-151-3
248 pages - 20 € 
En librairie
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Le Signe du Diable : Extrait
C’était soir de ripaille, pourtant le manoir semblait bien sinistre. On n’entendait dans la grand’ salle ni les cris ni les rires qu’on eût été en droit d’imaginer ; les convives étaient tous là, harassés par la chasse de l’après-midi, avec leurs épouses. Quelques-uns chuchotaient, mais la plupart attendaient, l’œil morne, le début du banquet.
Frère Mathieu laissait son regard courir sur tous ces beaux sires, et il n’avait aucune peine à déchiffrer leurs mines accablées. On ne venait pas par plaisir à Hurlebosque, le fief où le vent ne s’arrêtait jamais de souffler, où la misère s’était enracinée comme une mauvaise pousse. Mathieu savait ce qu’on racontait : que le bourg était maudit, que la terre y était souillée et les rivières empoisonnées.
Non, les chevaliers et les barons n’étaient décidément pas là par plaisir ; ils disaient avoir répondu à l’invitation de sieur Raoul par courtoisie, mais Mathieu savait qu’ils avaient peur. Peur de froisser le vieux seigneur en déclinant la proposition, peur qu’il ne lance quelque expédition punitive pour laver son honneur. Hurlebosque n’avait plus rien de sa superbe de jadis, mais on pouvait encore y réunir assez d’hommes et de fourches pour inquiéter les fiefs voisins. C’était bien le genre de Raoul que de s’emporter pour de pareilles broutilles : il cherchait toujours un prétexte pour guerroyer, aussi se gardait-on de lui tendre la perche.
Mathieu connaissait la plupart des seigneurs attablés devant les coupes et les écuelles vides : le vieux comte de Tombemuraille, le seigneur Gilles des Hauts-Essarts, le baron Flavien de Rochehauh… Les maîtres des châteaux voisins, partageant avec Raoul cette sinistre région prise entre forêt et marécage, où la terre des champs était plus dure que la pierre sous le soc de la charrue.
En d’autres temps, la contrée avait été florissante, les seigneurs richissimes : il avait suffi d’une vingtaine d’années pour amener la ruine et la désolation. Les caprices du Fel - ainsi que l’on nommait le vieux Raoul - n’étaient pas étrangers à cette brusque infortune, et certains n’hésitaient pas à voir là une punition divine…
Philippe de Hurlebosque, son fils, s’était installé à sa droite. Sauf qu’il n’y avait pour tout Raoul qu’un grand siège vide. Le vieux baron était d’ordinaire le premier à se ruer sur la nourriture et le vin, il n’était pas dans ses habitudes de manquer l’heure du banquet. Les domestiques, devant la porte des cuisines, se dandinaient d’un pied sur l’autre, attendant l’arrivée du maître pour apporter mets et boissons.
Philippe était inquiet. Frère Mathieu vit qu’il lui jetait de fréquents coups d’œil. Les murmures des conversations s’étaient accentués et résonnaient sous les voûtes comme un bourdonnement d’insectes. Le chapelain se sentit soudain très mal à l’aise. Il fut soulagé de se lever quand Philippe lui fit discrètement signe d’approcher.
– Allez donc quérir mon père, ordonna le jeune homme. Par son absence il manque de respect à nos hôtes…
Le chapelain acquiesça et quitta la grand’ salle. Il gravit d’un pas lourd les escaliers menant aux appartements seigneuriaux, pestant contre ses vieux os qui n’arriveraient bientôt plus à le porter. Il tempêta contre Philippe qui aurait pu envoyer quelqu’un d’autre que lui pour courir les couloirs - à soixante ans, il n’avait plus l’âge pour ces choses-là -, mais il comprenait aisément que le jeune homme n’ait pas voulu envoyer un valet. Ces gens-là étaient bavards et se plaisaient à répandre les ragots. Or Mathieu savait à quoi s’attendre : le vieux baron devait être fourré entre les cuisses de quelque ribaude, car c’était là sa grande passion après la guerre et la chasse. Le chapelain n’avait aucun mal à l’imaginer, affalé, montagne de graisse et de poils couleur rouille, ronflant comme un ours sur le sein ferme d’une pauvre fille ramassée en route. Et ce, alors que tous ses convives l’attendaient le ventre vide…
Il ouvrit la porte de chêne en haut de l’escalier et traversa le couloir jusqu’à la chambre du baron. Avant de frapper, il plaqua son oreille à la porte mais n’entendit rien, pas même le souffle d’une respiration. Il mit cela sur le compte de sa surdité naturelle - cela lui était venu après cinquante ans - et posa sa main sur la poignée. Il constata avec étonnement que la porte était verrouillée.
– Messire ? appela-t-il en toquant. Seigneur Raoul ?
Comme on ne lui répondait pas, il s’empressa de saisir la clef à son trousseau et fit jouer fébrilement la serrure. Il hurla de terreur sitôt qu’il eut ouvert la porte.
Raoul le Fel était mort.
Il s’approcha et dut s’appuyer au mur pour ne pas défaillir. Jamais il ne lui avait été donné de voir spectacle plus horrible. Pourtant, il avait fait la guerre, vu les blessures parfois affreuses des combattants. Oui, il avait connu les corps démembrés, les bras tranchés, les viscères s’échappant des ventres pour se répandre sur le sol ; il avait vu les crânes broyés, les membres rompus, les fiers guerriers gémissant le nom de leur mère dans leur dernier soupir, les preux chevaliers pleurant comme des marmots au moment de passer à trépas… Mais tout cela n’était rien, rien, par rapport à ce qu’il avait sous les yeux.
C’était l’œuvre du diable.
Il y avait un signe, un signe qu’il ne pouvait ignorer. Un petit objet de bois, à côté du corps ensanglanté sur le lit. Un petit objet qu’il aurait reconnu entre mille, car il l’avait déjà vu des années auparavant entre les mains d’une hérétique, une païenne à la solde d’un dieu oublié et sanguinaire… Une démone douée de pouvoirs obscurs, si puissants qu’elle n’aurait eu aucune peine à s’introduire dans le château et à se glisser jusqu’à la chambre du baron… Sauf que cette diablesse était censée être morte !
Ça recommence, ne put s’empêcher de songer le vieux chapelain. Mon Dieu, tout cela recommence
Il quitta la pièce, pâle comme un spectre. Il s’assura de bien verrouiller la porte et courut dans l’escalier porter la triste nouvelle à Philippe.
Le jeune homme s’excusa auprès des invités et le suivit dans le colimaçon, mâchoires serrées, l’air sonné. On aurait dit un somnambule en proie à quelque vision cauchemardesque. Rapidement ils parvinrent à la chambre. Frère Mathieu, tout tremblant, eut du mal à introduire la clef dans la serrure. Le mécanisme finit par jouer, avec un claquement d’os brisé. La porte, grinçant sur ses gonds, dévoila la chambre du seigneur de Hurlebosque… La pièce était vide ! Le cadavre avait disparu, et avec lui le petit objet de bois et toute autre trace de la macabre mise en scène. Il n’y avait qu’un petit bout de parchemin poignardé contre la boiserie du lit à baldaquin. Mathieu ne sut s’il était apparu là pendant son absence, par enchantement, ou s’il y était déjà avant et qu’il avait été simplement trop absorbé par le cadavre pour le remarquer.
Philippe le lut, perplexe. Seuls deux mots y étaient écrits, deux mots qui suffirent à le rendre plus livide qu’un cierge.
– Il s’est suicidé, balbutia-t-il en froissant le parchemin. C’est ce que nous dirons aux autres ; qu’il s’est jeté du haut des remparts, qu’on a retrouvé son corps fracassé sur les rochers des douves. Rien d’autre. Personne ne doit savoir. Me le jures-tu, Mathieu ?
Le regard du nouveau seigneur de Hurlebosque avait quelque chose de fou. Aussi le chapelain s’empressa-t-il d’acquiescer.
Tous deux savaient ce que cela signifiait.
Que le Mal était de retour. 

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